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Ateliers du CESA

Ateliers du CESA - 14 février 2008 - « L’emploi des drones : quels sont les défis à relever ? »


Les Ateliers du CESA ont eu lieu le jeudi 14 février 2008 en amphithéâtre Suffren à l’École militaire autour de la problématique « L’emploi des drones : quels sont les défis à relever ? ».

Cette manifestation avait l’ambition de mettre en exergue les obstacles à surmonter pour améliorer l’emploi des drones quant à leurs applications militaires et civiles. La qualité des interventions a apporté un éclairage pertinent sur les préoccupations liées au déploiement des drones. Au-delà de l’avantage d’épargner la vie des pilotes, leurs capacités présentent divers intérêts pour les armées et la sécurité intérieure. Toutefois, la difficulté majeure commune à l’ensemble des forces concerne l’insertion des drones dans la circulation aérienne générale.

Claude Le Tallec, chargé de missions « Systèmes de drones » à l’ONERA1, a porté la réflexion sur les questions liées à l’intégration des drones dans l’espace aérien. Des règles internationales2 existent pour intégrer les aéronefs habités, parallèlement des règles ont été définies ou proposées pour les drones dans l’espace aérien : le code USAR3, des spécifications militaires additionnelles et les STANAG4 de l’OTAN. La FAA5 et Eurocontrol travaillent activement pour l’établissement de nouvelles règles. Partant des travaux réalisés par ces organismes, M. Le Tallec a dégagé des solutions. Il est possible d’envisager quatre modes d’opérations : le pilote est en contact visuel direct avec le drone et le guide depuis le sol ; le pilote est en contact visuel direct avec l’UAV6 depuis un « avion suiveur » ; l’UAV ressemble à un avion piloté dont le pilote est dans une station déportée ; et pour finir un mode identique au précédent, mais toutefois avec un recours à un système tiers. Actuellement, des travaux de normalisation sont en cours, avec une volonté européenne nettement marquée dans ce processus. M. Le Tallec a conclu cette réflexion en posant la question de l’automatisation, notamment sur le niveau d’autonomie qu’il convient d’attribuer au vecteur aérien.

Le lieutenant-colonel Yves Gastine, officier correspondant état-major au bureau-plans de l’état-major de l’Armée de terre a présenté les enjeux de l’utilisation des drones tactiques par les forces terrestres. Les besoins des forces terrestres peuvent être définis à travers deux points essentiels : le désengagement du personnel et la nécessité de faire face à un environnement à risques. Aussi, les systèmes de drones offrent un ascendant tactique indéniable sur l’adversaire. Les capacités techniques des drones permettent d’acquérir la diffusion en temps réel des renseignements recueillis. Le besoin opérationnel d’agir dans des délais toujours plus courts insèrent pleinement les drones dans la chaîne du renseignement. Le déploiement de drones illustre cet engagement opérationnel, lors de sommets d’Etats ou actuellement au Kosovo. Seule l’Armée de terre possède pour l’instant des systèmes opérationnels, notamment avec le Système de drone tactique intérimaire (SDTI). Les défis relevés par le lieutenant-colonel Gastine concernent les questions relatives à l’intégration des drones dans l’espace aérien, aux réseaux de communication, aux opérations interarmées. Par ailleurs, des études sont en cours pour améliorer la chaîne de renseignement et les aspects organiques du système. Le lieutenant-colonel Gastine a conclu sur le fait que la réactivité était une exigence première de l’Armée de terre.

La position du Ministère de l’Intérieur par rapport à l’emploi des drones est tout à fait récente selon M. Antoine Guilmoto, chargé de mission « Recherche en sécurité » à la Direction générale de la police nationale. De plus en plus soumise à un impératif d’efficacité au quotidien, la police se tourne vers le développement des drones pour répondre à ce changement. Cependant, les hésitations doctrinales et les retards stratégiques ont eu pour conséquence un développement tardif par rapport aux autres forces . Aussi, le déploiement de drones en milieu urbain demeure encore limité, car ce domaine est civil et non militaire. Ce corps d’Etat n’ayant pas vocation à la spécialisation s’est positionné dans une approche de type d’« aéromodélisme ». ELSA (Engin léger de surveillance aérienne) est née de cette réflexion. C’est un micro-drone discret et très simple d’emploi. Ses caractéristiques sont : emport d’une caméra opérant dans le visible ou l’infra rouge ; moins de 10 kilos ; décollage et un atterrissage en moins de 10 mètres ; endurance 45 minutes dans un rayon de 2 Km (portée radio) ; vent inférieur à 30 Km/h. Le mini drone patrouille d’une manière automatique au-dessus des zones d’intérêt, guidé par GPS. Différentes utilisations ont été envisagées, notamment les surveillances de manifestations, les renseignement durant les émeutes, ainsi que les préparations d’interventions des unités du RAID7. En cours d’expérimentation ce système de drone opérationnel devrait aboutir très prochainement. Il est prévu selon M. Guilmoto, la publication d’un rapport courant septembre 2008.

Selon le colonel Jean-François Ferlet, chef de la division préparation au bureau-plans de l’état-major de l’Armée de l’air, les drones doivent être appréhendés comme des systèmes dans lesquels il est possible de distinguer deux familles principales : les ISTAR UAV et les UCAV8. Les premiers sont dotés de multiples capteurs avec transmission à haut débit destinés à des missions d’observation. Les seconds sont employés pour des missions offensives dans un milieu hostile nécessitant furtivité, vitesse et agilité. De plus, en fonction de leur capacité à être déployés et de leur niveau d’emploi, les drones se divisent en trois catégories : MALE9, HALE10 et drone tactique. Actuellement, il est fait mention de drone tactique, dans la mesure où la fonction stratégique est assurée par les moyens satellitaires. Il a insisté sur le fait que de nombreux défis sont encore à relever : les questions relatives à l’encombrement du spectre de fréquence, il s’agit de maîtriser les communications longue distance haut débit ; l’interopérabilité des drones, mais également leur intégration dans le réseau C4I. Le défi prioritaire concerne selon le colonel Ferlet, l’insertion des drones dans la circulation aérienne générale. Ainsi, les systèmes de drones répondent à une logique de milieu, où l’Armée de l’air marque une volonté de partage de son expertise en la matière. Le colonel Ferlet a abouti à la réflexion selon laquelle le cadre légal émergeant sera dimensionnant et définira ainsi notre liberté d’action.

Ces Ateliers ont permis une réflexion constructive sur l’emploi des drones et les défis inhérents. Les intervenants ont apporté une expérience riche de sens touchant aux difficultés de leurs forces respectives. Les débats ont convergé vers une vision commune des difficultés réglementaire (circulation aérienne) et technique (encombrement du spectre de fréquences). Par ailleurs, l’utilisation des systèmes de drones pourrait s’inscrire vers un emploi interministériel.

1.Office national d’études et de recherches aérospatiales. 2.Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) qui distingue trois règles fondamentales pour : les normes de navigabilité (article 31), la licence des équipages (article 32), et les exigences opérationnelles dites « règles de l’air » (article 12). 3.Code de navigabilité applicable aux systèmes de drones « avion » ( à aile fixe) crée en 2005 par Régis Brigaud ingénieur à la DGA. 4.Standardization Agreement, c’est-à-dire accords de normalisation. 5.Federation Aviation Administration, c’est l’agence mondiale qui est habilitée à l’établissement des certifications. 6.Unmanned Arial Vehicle 7.Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion. 8.Unmanned Combat Aerial Vehicle. 9.Moyenne Altitude Longue Endurance. 10.Haute Altitude Longue Endurance.



























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