Mise à jour du site le 16/04/2014

Brèves

Le rétablissement permanent des vols de bombardiers stratégiques russes, vers un déploiement significatif ?


Interrompus depuis la fin de la guerre froide suite à l’implosion de l’Union soviétique, et faute de crédits militaires suffisants, la Russie reprend le déploiement de ses bombardiers stratégiques sur la base d’une posture opérationnelle permanente. Cette reprise remarquée, dans le cadre d’une politique de restructuration de l’industrie aéronautique, révèle un climat international tendu.

Une pratique soviétique, héritage d’une longue expérience tombée en désuétude

L’URSS s’affirme en tant que pionnier dans le développement de l’aviation lourde de bombardement stratégique. En effet, les premiers vols débutent dès les années 30, avec la mise en service du TB-3, c’est-à-dire des quadrimoteurs Tupolev. Ils participent à un nombre extrêmement important de conflits, tels qu’en 1939 à Khalkhin-Gol, durant la guerre d’Hiver en Finlande (1939-40), mais également pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1943, la force aérienne à long rayon d’action compte près de 900 bombardiers.

Au début des années 60, l’Union soviétique procède à la conception et à la fabrication de bombardiers moyens à long rayon d’action. La création du TU-22 suscite au sein du ministère de l’Industrie aéronautique, des études en faveur de l’élaboration de bombardiers, tout en incluant le développement de missiles à long rayon d’action. Aussi, celui-ci ne répondait pas toutefois à toutes les attentes. Un vecteur plus efficace est ainsi recherché, dans la mesure où il était devenu plus simple et plus opérationnel d’attribuer à d’autres moyens la mission de frappes stratégiques.

TU-22 - 8.1 ko

Le TU-22M naît de cette préocupation dans les années 70. Cet appareil est un avion supersonique à grande autonomie, ayant la capacité d’être transformé au sein même de son unité opérationnelle d’emploi : de vecteur de lancement en avion de reconnaissance, de guerre électronique ou d’interception d’avion de transport. Son statut non clairement défini, fut source de discussions, notamment lors des négociations sur la limitation des armements stratégiques SALT-1 en 1972. La controverse autour du TU-22M concernait sa capacité à être ravitaillé en vol. Lors de sa construction, celui-ci comportait une sonde escamotable de ravitaillement. Elle fut supprimée en juin 1982 après les négociations SALT, entre les États-Unis et l’Union soviétique, dans le cadre de la limitation des armes offensives stratégiques. Le début des années 90, est marqué par la fin de l’alerte permanente des bombardiers stratégiques. Ils continuent tout de même à être déployés. Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine a favorisé depuis 2000, le développement d’une restructuration de l’aviation russe. Aussi, depuis l’été 2007, l’organisation de manœuvres militaires consistant en vols stratégiques dans les territoires des pays membres de l’Otan, soulève inéluctablement des tensions.

Un emploi nouvellement officialisé et contesté

À l’occasion du salon de l’aviation Maks-2007 à Joukovski à l’est de Moscou, le président Poutine a annoncé d’importants investissements dans le secteur aéronautique, et surtout la reprise des vols permanents de l’aviation à long rayon d’action. Ainsi, le rétablissement de ces vols correspond aux exercices effectués pendant la guerre froide, notamment les missions à longue distance au-dessus de zones dépendant de l’Otan ou des États-Unis. Cela signifie que la Russie peut à nouveau mobiliser en tout temps dans les airs, des bombardiers stratégiques, capables de transporter des missiles nucléaires. Divers incidents durant les mois d’été illustrent le retour à cette pratique.

TU-95 - 6.3 ko

TU-95

Une recrudescence des vols a été observée en Mer du Nord. Deux bombardiers russes de type TU-95 (identifié sous le nom de code « Bear-H » par l’Otan) ont été détectés le 20 juillet dans l’espace aérien international. Tout d’abord au large des côtes norvégiennes, déclenchant le décollage d’intercepteurs norvégiens de type F-16, puis celles des côtes britanniques, engendrant l’envoi d’Eurofighter de la Royal Air Force. Le vol de bombardiers russes en date du 14 août dans le Pacifique, à proximité de l’île de Guam qui abrite une base militaire américaine a généré également l’envoi de chasseurs. Début août, d’autres bombardiers russes ont encore été signalés proche de l’espace américain en Alaska.

TU-160 - 7.7 ko

Dans le cadre du traité américano-russe Start-1 concernant la réduction des armements stratégiques et selon les données annoncées par Moscou en 2007, la Russie posséderait encore soixante-dix-neuf bombardiers. Quatorze de ces bombardiers, capables de transporter des missiles nucléaires, ont participé à l’exercice militaire organisé dans le cadre de l’Organisation de coopération Shanghai (OSC). Le TU-160 (« Blackjack », dans la terminologie de l’Otan) et le TU-95 demeurent actuellement les deux seuls types de bombardiers stratégiques employés par la Russie. La raison invoquée par le président Poutine pour justifier de leur emploi, est la sécurité de la Fédération de Russie face au projet américain.

Les États-Unis ont suggéré à la Russie dans le cadre du sommet du G8 en juin 2007, un déploiement américain d’installations antimissiles en République tchèque et en Pologne. À son tour, le président russe a proposé une alternative, à son homologue américain, consistant en l’utilisation conjointe d’un radar russe en Azerbaïdjan. Aucun accord n’a été trouvé entre les deux pays. En réponse, la Russie tend à renforcer ses positions, notamment en terme de capacités militaires. En effet, les divergences rencontrées avec les États-Unis, engendrent une réaction russe immédiate. La multiplication des vols de bombardiers stratégiques, et l’emploi d’un nouveau système de défense aérien en demeurent la démonstration ; le système de missiles anti-aériens S-400 « Triumph ». La Russie marque par ses actions militaires, une volonté politique ambitieuse, et tend ainsi à réaffirmer son statut de grande puissance sur la scène internationale.

Slt Océane Zubeldia, chargée de recherches au Cesa



























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